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Interview du mois: Chédli Neffati

Secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, ancien ministre tunisien de l’Intérieur.

«La Chine, pas prête à jouer le rôle de superpuissance»

Depuis 1945, date de création de la Ligue arabe, le monde a bien changé. Mais pas l’institution qui réunit près de 22 pays arabes. Son Secrétaire général adjoint, Chédli Neffati, insiste sur la nécessité de revoir ses missions. Il livre, également, ses impressions sur la nouvelle donne géostratégique au Moyen-Orient.

Que peuvent faire les pays arabes afin d’aider Gaza à sortir de son blocus?
Chédli Neffati: Le blocus contre Gaza est une affaire à la fois alambiquée, regrettable et curieuse, car on n’a jamais vu à travers l’histoire pareil blocus. Il relève du châtiment collectif, qui ne peut être toléré, que ce soit sur le plan humain, moral ou politique. Comment un peuple tout entier peut-il être puni par un pays qui se prévaut d’être celui de la démocratie et des droits de l’homme? La question palestinienne a dépassé toutes les frontières. C’est devenu une affaire d’humanité et de morale, que nul ne peut accepter. Malheureusement, l’Etat d’Israël ne rate pas une occasion de montrer qu’il ne respecte pas le droit international. Ceci est dû à un sentiment de protection absolue. Nous comprenons bien que les Etats occidentaux protègent et veuillent aider Israël, pour des raisons historiques. Mais de là à lui permettre des abus sans limites, c’est inacceptable.

Pourquoi s’arrête-t-on souvent à des discours?             
La condamnation fait partie du traitement politique du problème. Aujourd’hui, les Arabes ont choisi de tendre la main à l’Etat hébreux, en lui présentant un projet de paix. Mais Israël a choisi de ne pas coopérer. Les grandes puissances, quant à elles, n’ont rien fait pour l’y contraindre. Le dialogue se poursuit depuis des années, mais sans aucun résultat, car les israéliens ne veulent pas la paix. Même les négociations actuelles par l’intermédiaire des américains, nous savons pertinemment qu’Israël cherchera à les entraver d’une manière ou d’une autre.

Pensez-vous que les USA puissent changer de stratégie dans la région?  
Les premières déclarations d’Obama étaient encourageantes. Nous ne lui demandons pas d’être l’ennemi d’Israël, mais simplement de convaincre l’Etat hébreux qu’il est temps de trouver une solution. Israël,  est complètement dans l’erreur à cause d’un gouvernement de droite radicale dirigé par Netanyahou et son ministre des AE, raciste, de droite extrémiste, Avigdor Lieberman. L’intérêt des israéliens est de choisir la paix, pour garantir l’avenir de leurs enfants. Malheureusement, ils s’enlisent dans leur entêtement. Mais jusqu’à quand?

La Chine a-t-elle un rôle à jouer au Moyen-Orient?
La Chine est certes devenue une puissance économique, mais sur le plan politique, son rôle n’a pas changé. Les Chinois ne sont pas encore prêts à jouer le rôle d’une superpuissance sur la scène politique, à l’instar des Etats-Unis. Même leur succès économique, ils cherchent des fois à le cacher. Il est peu probable dans les années à venir que la Chine, qui manifeste de l’intérêt pour la question palestinienne, puisse ou veuille user de son influence. Même étant  membre du Conseil de sécurité et disposant d’un réel pouvoir.  

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de l’UPM?
Il y a des réalités incontournables. L’idée d’une Union pour la Méditerranée a trouvé un écho favorable auprès de tout le monde, malgré les doutes. Le premier blocage a trait à la présence d’Israël. Il est impossible que les Arabes puissent s’asseoir à la même table que les israéliens comme si de rien n’était. Toute complaisance est impossible. C’est l’une des entraves les plus difficiles à surmonter, surtout qu’Israël est arrogant. Il est peut être le seul pays à avoir été créé par une simple décision de l’ONU en 1948, mais aujourd’hui, il défie toutes les lois de l’organisation qui l’a créé.

La Ligue arabe joue-t-elle correctement son rôle aujourd’hui?  
Tant de choses ont été dites sur la Ligue arabe, mais la majorité ne connait pas grand-chose sur cette organisation. On la compare souvent à l’UE, or les lois la régissant, décidées par les pays arabes, ne lui confèrent qu’un rôle limité. A la base, elle n’a pas été créée pour jouer le rôle interventionniste que les gens lui réclament. On ne peut donc la blâmer quand elle ne réussit pas à résoudre certains problèmes. D’ailleurs, n’est-il pas temps de penser à doter la Ligue arabe de nouveaux outils? Depuis 65 ans ses statuts n’ont pas bougé.

Les responsables arabes pensent-ils sérieusement à cette question?
Une commission y travaille depuis l’an dernier. Un sommet est prévu pour l’automne prochain, et j’espère que d’ici là on s’entendra sur une nouvelle conception du rôle à allouer à la Ligue arabe. Malheureusement, la Palestine n’est plus le seul souci. Il y a l’ingérence étrangère, la guerre en Iraq, au Liban, au Soudan, en Somalie, au Yémen…La Ligue arabe intervient à tous les niveaux, avec les moyens dont elle dispose. Souvent elle parvient à trouver des solutions, comme ce fut le cas au Liban, mais pour l’exécution des résolutions, c’est une autre paire de manche. Nous ne perdons pas espoir.

Propos recueillis
par Ahlam NAZIH
 

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