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New York : La mosquée de la discorde

New York : La mosquée de la discorde

L’idée d’installer une mosquée non loin des lieux où 3.000 personnes ont été assassinées le 11 septembre a été vécue comme une injustice, une provocation par la plupart des Américains. En soutenant ce projet, Obama a ainsi ouvert une brèche à ses détracteurs.

Construire une mosquée près du Ground Zero, à New York, juste à côté de la place des tours jumelles victimes des attentats du 11 septembre, c’est la grande ambition de la communauté musulmane d’Amérique. L’édifice envisagé, Cordoba House, aurait une quinzaine d’étages et comprendrait des salles de réunion, un Dans cette vague médiatique, le président américain est toutefois soutenu par le républicain et maire de New York, Mickael Bloomberg qui estime les groupes religieux ont le droit d’ouvrir des lieux de culte ou des centres communautaires, quel que soit le lieu de leur choix, à condition qu’ils respectent toutes les lois en vigueur. Mais les opposants au projet ne l’entendent pas de cette oreille et le bras de fer ne fait que commencer.

M. D.



Malek Chebel : " Iront -ils jusqu'au bout ? "

La construction d’une mosquée à Ground Zero à New York divise l’opinion publique américaine. Entre détracteurs du projet et prêcheurs de la tolérance, la polémique enfle et se transforme en sujet politique majeur. Malek Chebel, islamologue et anthropologue des religions, livre à L’Economiste Magazine, sa vision du sujet et ses répercussions sur les musulmans aux Etats-Unis.

Quel regard portez-vous sur ce projet de mosquée à Ground Zero?
Malek Chebel: Mon point de vue est forcément lié à la décision américaine elle-même: je pense que les concepteurs du projet ont une idée derrière la tête, une volonté, un choix idéologique clair. Je ne peux que le saluer. Mais iront-ils jusqu’au bout ?

Est-ce que la polémique suscitée par ce projet ne détourne pas, finalement, la mosquée de sa fonction d’apaisement, en la transformant en un lieu de tension?
Oui, en effet, vous avez raison. Mais attention de ne pas laisser aux autres la possibilité d’élargir le territoire d’influence de la mosquée. Dans la Vieille Europe, la mosquée est vue comme un lieu où se tient le culte musulman, avec l’objectif explicite de la cantonner à ce territoire, aussi restreint soit-il. La question qu’il faut se poser est la suivante: les Etats-Unis n’ont-ils pas, au contraire de l’Europe, une vision plus large de la religion, et partant de son influence. Dans ce cadre, la mosquée doit en effet jouer son rôle positif.

La place de l’Islam dans la société américaine est-elle en passe de devenir un sujet majeur de la campagne pour les élections de mi-mandat?
Votre remarque est juste, et cela veut dire tout simplement - et c’est là une bonne nouvelle - que la communauté musulmane commence à jouer un rôle politique, et est capable d’élire (ou au moins aider à l’élection) des responsables américains.

Selon un sondage de Time Magazine, 43% des américains ont une vision négative de l’Islam. Comment expliquez vous cette hostilité grandissante?
Hostilité, oui, peut-être. Il faut d’abord vérifier de quelle manière ce sondage a été fait, et par qui. Bref, les sondages ont une vertu d’alerte: aux Musulmans américains de travailler à l’amélioration de leur image, et vous verrez que les sondages futurs changeront de nature et de portée.

Selon un récent sondage, 68% de l’électorat américain est opposé à la construction de cette mosquée. Cette position n’est-elle pas ontradictoire avec les principes fondateurs des Etats-Unis, en tête la liberté de culte et de pratique religieuse?
Si cette opposition est politique, elle est forcément orientée. En revanche, on aimerait savoir ce que pensent les Américains de l’islam en dehors de toute actualité brûlante. Le jour où de véritables recherches seront conduites dans une perspective de clarification (des recherches «neutres» et «objectives» menées par des universitaires, sur des échantillons représentatifs), nous serions surpris par l’indépendance d’esprit et la maturité des citoyens d’Amérique. Un peuple qui a réussi à se donner un Président Noir, alors que les pensées les plus racistes circulent toujours à travers la planète, ne peut pas être un mauvais peuple. Cette attitude devant l’histoire, ce souci de la grandeur et la capacité à être toujours au rendez-vous de l’innovation, y compris politique, m’ont toujours frappé dans cette démocratie, qui continue à nous servir de modèle...

Propos recueillis
par Mohamed Ali Mrabi

 

 

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