Hamid Chabat, Maire de Fès

Un homme d’exception

Hamid Chabat est un personnage qui intrigue. A la tête de l’une des puissantes centrales syndicales et maire d’une des villes les plus convoitées, il a su garder la tête sur les épaules. Lui qui n’appartient pas à une famille de notables et encore moins  diplômé des grandes écoles. Qui a dit que l’ascenseur social est en panne au Maroc?

Derrière son sourire jovial, se cache un animal politique redoutable. Hamid Chabat, tête ronde, cheveux noirs bien coupés et une moustache bien garnie, arbore un sourire presque constant. A 56 ans, cet homme porte plusieurs casquettes à la fois: il est secrétaire général de  l’UGTM, maire de Fès, député parlementaire et membre du bureau exécutif du Parti de l’Istiqlal. De quoi faire pâlir d’envie ses détracteurs les plus acharnés. Et ils sont nombreux, notamment dans les rangs de l’USFP et du PJD. Cette ascension politique fulgurante n’est nullement accidentelle. Elle a été lentement mais brillamment gagnée. «Laisser le temps au temps». Hamid Chabat en a fait sa devise.


Les émeutes de Fès
On est le 14 décembre 1990. Fès s’embrase. La ville allait connaître des émeutes qui vont propulser le nom de Chabat au-devant de la scène nationale. La grève de ce jour, appelée par les deux centrales syndicales UGTM et CDT, avait dégénéré. Le jeune Hamid, alors âgé de 37 ans et membre influent à l’UGTM, est soupçonné d’être le cerveau et l’instigateur de cette grève. Acculé à fuir Fès, il s’est éclipsé pendant plus de six mois, se déplaçant entre les villes de Chefchaouen, Tétouan et El Hoceima. «Ma femme et mon fils Nawfal, alors âgé de onze ans, ont été arrêtés. C’est le prix à payer quand on fait le choix du militantisme», se rappelle aujourd’hui, non sans amertume, Hamid Chabat. Pour lui, les évènements de Fès auraient été un coup monté par l’ancien homme fort du régime de feu Hassan II, Driss Basri, qui a voulu «punir le Parti de l’Istiqlal et les Fassis. Mais c’était sans compter sur la Baraka de Fès, cette ville millénaire», ajoute-t-il. Son procès ne prendra fin que six ans plus tard, quand le tribunal l’innocente. «Entre-temps j’ai dû être arrêté plus de douze fois, même en étant président de la commune Zouagha», ironise-t-il encore.

Le prix du militantisme
L’éducation paternelle a eu une influence profonde sur l’actuel maire de Fès. «Encore enfant, je ne lâchais pas d’une semelle mon père, membre de l’Armée de libération et chef de tribu (la tribu des Braness dans la province de Taza, ndlr) après l’indépendance. J’assistais à ses réunions, je voyais comment il dirigeait les affaires de la tribu et comment il s’impliquait dans la vie associative, etc. A vrai dire, j’étais en avance sur mon âge», se rappelle Chabat.


Elevé au sein d’une fratrie de huit frères et sœurs (son père décédé en 1976 était marié à quatre femmes), le petit Hamid part à Chefchaouen rejoindre son frère ainé, enseignant dans cette petite ville nichée dans le Rif. Diplôme de technicien en poche, il met le cap sur Fès, où il intègre la Simef (société de fabrication d’armes avant de passer, après le coup d’Etat de 1971, à la production de motocyclettes),  en tant que technicien avant de devenir chef de division. C’est là où il aiguise ses armes de syndicaliste chevronné. «Militer au sein de la Simef à une époque où elle était dirigée par un colonel major était un peu hardi», se souvient aujourd’hui le SG de l’UGTM. Au niveau partisan, Chabat, maîtrisant à merveille l’art oratoire, gravite les échelons du vieux parti de Allal El Fassi, pour devenir depuis janvier de cette année membre du comité exécutif. Hamid Chabat ne cache pas sa satisfaction que Fès soit revenue dans le giron du PI. Le parti de Abbas El Fassi a en effet raflé la mise lors des dernières législatives en arrivant en tête de toutes les communes, les arrondissements, les chambres professionnelles et même de la région de Fès-Boulemane, que préside désormais un certain M’hamed Douiri, du PI.

Fès, mon amour
Président du Conseil de la ville de Fès pour un deuxième mandat (en 2002 et en 2009), Chabat a réussi à redorer le blason de la capitale spirituelle du Royaume. Il déborde d’idées et de projets pour cette ville, qu’il chérit tant. «Fès était réputée pour ses projets en arrêt. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. En plus du réaménagement de certaines grandes artères, nous allons créer un parc d’ornithologie, un jardin botanique, une grande bibliothèque contenant un opéra, un institut d’art plastique et de musique. Il est prévu également l’agrandissement de l’aéroport de Fès et l’inauguration le mois prochain de la nouvelle gare ferroviaire. Et ce n’est pas tout. Les travaux de construction de la plage de Fès seront lancés incessamment. L’ancienne médina sera réhabilitée avec l’ajout de sept portes aux sept déjà existantes», rappelle, non sans fierté, M. Chabat. En plus d’un programme de développement des métiers de l’artisanat (d’un coût de 1,5 million de DH), Fès mise aussi sur les métiers mondiaux du Maroc avec son projet FèsShore, dédié aux technologies de l’information et de la communication, et dont la première tranche sera livrée en 2011.

Chabat le père

Gérer autant de fonctions différentes et autant de projets dans une ville qui compte un million d’âmes laisse peu de temps à Chabat le père. «Heureusement que j’ai une femme adorable qui prend soin de nos enfants (Nawfal 30 ans, Nabil 28 ans, Yassine 26 ans, Nidal 21 ans et Rim 20 ans). Elle est aussi militante de la première heure, infatigable et fortement impliquée dans la défense des droits de la femme et dans le travail associatif», témoigne Chabat. Fatima Tariq Chabat est aussi conseiller communal, sa liste a raflé toutes les voix de sa circonscription (Zouagha). Prié de nous révéler le secret de son leadership, Chabat dit faire sien et appliquer à la lettre le verset du Saint Coran: «Oh! Yahya (Jean Baptiste) prend le livre avec force». Traduisez: avoir des positions fermes et se montrer intraitable vis-à-vis de ses adversaires. Des adversaires qui lui reprochent de recourir parfois à des pratiques «mafieuses». «S’entourer des compétences et travailler avec une équipe qui soit solidaire et homogène sont aussi des facteurs de réussite», renchérit Chabat, qui dispose d’un site web sur la toile relatant ses prouesses et couvrant ses différentes réalisations. Le succès passe aussi par ce genre de choses!

 

 

 

 

 

 

 

 

Said El Hadini

 

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