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L’euro, l’Europe et nous

L’Europe boite bas, le chômage perdure, et ce sont les pays émergents, chine en tête, qui prospèrent. Ces derniers représenteront 60 % du PIB mondial en 2030. A cela de multiples causes mais, à l’évidence, à travers une spirale accélérée, ce sont les marchés financiers qui nous portent vers des rivages inconnus. Ces mêmes marchés qui, par leur exubérance, ont mis l’économie américaine et européenne à plat, et qui après avoir demandé un soutien financier considérable aux Etats, se permettent par la suite de sanctionner ces Etats pour  la gravité de leurs déficits. Les marchés financiers sont en train de prendre progressivement la commande du système tout entier. C’est une tendance lourde. L’affaire grecque, portugaise, espagnole, et la mise en difficulté de l’Union économique et monétaire en attestent, avec la franche décrue de l’euro. Que ne ferait-on pas aujourd’hui pour plaire aux marchés et conserver à tout prix son triple A ? Les pays européens, hier adeptes d’une politique keynésienne pour stimuler la reprise, procèdent aujourd’hui  à un virage de bord avec la mise en place d’une politique d’extrême rigueur, qui pourrait les installer dans la déflation.
Quelles sont les menaces de cette situation sur notre économie ?  Si la conjoncture économique au Maroc n’inquiète pas pour le moment, on peut se demander si  la faiblesse de la croissance en Europe, notre principal partenaire, une croissance qui risque d’être fragilisée par les coupures fiscales alors même qu’on ne voit pas encore de reprise effective, aura des effets sur notre économie. Nous sommes amarrés à une locomotive qui va lentement, et fatalement on en ressentira les effets. Les menaces de propagation sont intimement liées à l’évolution de notre commerce extérieur, des avoirs en devises, des recettes touristiques, des recettes de nos MRE, et des investissements étrangers émanant de la zone euro.
L’Europe représente 66% de nos exportations, et 58% de notre déficit global, dont 43% avec seulement la France, l’Espagne et l’Italie. Un freinage d’activité dans ces pays réduira le volume de nos échanges et creusera notre déficit. La monnaie unique représente 63% environ de nos recettes en devises. La baisse de l’euro par rapport au dirham n’est pas de nature à réduire ce déficit. Elle condamne la valeur de nos exportations, entrainant la poursuite de la détérioration de nos avoirs en devises, entamée depuis l’avènement de la crise financière en 2008. La détérioration de nos avoirs en devises a fortement pesé sur la liquidité de notre système bancaire en 2009, poussant la banque centrale à baisser le taux de la réserve monétaire de 16% en 2008, à 6% actuellement.
Alors que les investissements directs étrangers ont enregistré une baisse de 52% au terme du 1er trimestre 2010, les recettes provenant du tourisme et des transferts de nos RME enregistrent au cours du premier trimestre de cette année une légère amélioration. Est-ce une tendance qui va se poursuivre ? Rien n’est moins sûr ! Le taux de chômage continue de s’aggraver en Europe. En Espagne il a déjà atteint 20%, frappant particulièrement la population immigrée. Le chômage et la faiblesse de la croissance économique en Europe restent  une menace sérieuse pour ces transferts.
En dépit de cette évolution mitigée des indicateurs extérieurs, la conjoncture marocaine donne l’impression de résister. La politique orientée vers la demande intérieure, le lancement et la poursuite d’immenses chantiers de travaux publics, la construction de logements sociaux, les programmes sectoriels, une campagne agricole qui se situerait au dessus du seuil d’autosuffisance, donneraient lieu, au seuil de cette année, à une croissance économique d’environ 4%. Un taux supérieur à celui de nos partenaires commerciaux, mais bien inférieur à celui des pays émergents. Dans ce contexte, il ne faut pas crier victoire. Nous sommes dans un monde marqué par l’incertitude. Et tout reste fragile. Une soudaine remontée des cours du pétrole pourrait  ajouter une crise budgétaire à la crise du commerce extérieur. Car en définitive, en ouvrant notre économie sur le reste du monde, on doit être en mesure d’en affronter les défis, mais aussi d’en saisir les opportunités. De telles questions impliquent une vision économique globale à long terme, en pariant sur nos forces intérieures, mais aussi sur une diversification plus large dans le choix de nos partenaires.

Mohamed Berrada

 

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