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Retraite à 62 ans

La question qui fâche

La commission technique en charge du dossier de la réforme de la retraite se penche depuis quelques mois sur les conclusions de l’étude du cabinet français Actuaria. Mais depuis la recommandation, unilatérale, de la CMR de relever l’âge de la retraite à 62 ans, les syndicats, agacés, sont sur le qui-vive.

Jamais une réforme n’a divisé autant que celle relative à la retraite. Réformes paramétriques (âge de départ à la retraite, taux de cotisation, assiette de liquidation), refonte du système global, fusion entre caisses publiques et privées,…Les débats sur les scénarios possibles  fusent depuis des années, mais aucun n’a aboutit à un consensus. Depuis la livraison des conclusions du cabinet d’études français Actuaria il y a quelques mois (avril), la commission technique, comprenant les responsables des caisses de retraite, des syndicats et de la direction des assurances de la prévoyance sociale (Daps), se penche sur toutes les pistes avancées par le rapport Actuaria. Deux réunions ont déjà été tenues. Seulement voilà, il y a quelques semaines la CMR annonce, unilatéralement, son dessein de relever l’âge de la retraite à 62 ans, d’augmenter le taux des cotisations et de changer l’assiette de liquidation (moyenne des salaires des huit dernières années au lieu du dernier salaire perçu). Ceci en introduisant les mesures dans la loi de finance 2011. Ce qui a déclenché l’ire de tous les syndicats. «Nous refusons ces manières d’agir. Il y a des règles et des procédures à respecter, en dehors desquels aucune réforme ne peut être admise», dénonce Mohamed Yatim, SG de l’UNMT. «D’autant plus que ces petites bricoles basées sur des mesures purement paramétriques n’arrangeront rien du tout. Il faut d’abord commencer par une révision globale du système. L’étude réalisée doit d’ailleurs être validée par le Bureau international du Travail», ajoute-t-il. Pour certains la CMR veut faire pression pour orienter la réforme dans le sens qu’elle juge préférable, passant outre l’avis des autres parties à la commission. «La décision de la CMR nous a pris de court. Nous sommes prêts à discuter, et nous restons ouverts à toutes les propositions. Mais de là à utiliser des tactiques et des ruses pour faire pression, c’est inadmissible», relève Abdelkarim El Aziz, membre du bureau exécutif de la CDT. Aux yeux des syndicats, la situation n’est pas aussi pressante qu’on voudrait laisser croire. Notamment en faisant des comparaisons avec des pays dont les réalités sont différentes du Maroc. Il est, bien entendu, nécessaire de trouver des solutions à la question de la retraite, mais il n’y a pas vraiment d’urgence…Le premier déficit de la CMR est certes prévu pour 2012, mais il s’agit d’un déficit technique (pensions supérieures aux cotisations) seulement. «Le vrai déficit est celui  des réserves de la caisse. Or ces dernières ne seront en crise qu’à l’horizon 2019. Si jamais il y a déficit en 2012, l’Etat peut bien le supporter et laisser la commission travailler confortablement. Nous avons encore le temps de le faire!», souligne El Aziz. «Malheureusement, on tend toujours à dramatiser la situation afin de faire pression», ajoute-t-il. D’autres vont jusqu’à poser la question de l’origine des déficits avancés des caisses de retraite, jugés paradoxaux. «Au Maroc le système des retraites n’a été mis en place qu’après l’indépendance. Et jusqu’aux années 90 les caisses n’avaient que des rentrées et pas de sorties de capitaux. On a commencé à octroyer des pensions assez tard. D’où viennent donc les déficits annoncés? S’agit-il d’une mauvaise gestion?», s’interroge Hamid Chabat, SG de l’UGTM. «Ce n’est qu’après avoir répondu à cette question essentielle que l’on pourra s’atteler à la réforme du système», précise-t-il. Du côté de la CDT on se pose également la question suivante: Comment un système peut-il être déficitaire, alors que le potentiel de la population active non couverte est de 80%? Que deux millions de travailleurs des secteurs formels ne sont pas déclarés à la CNSS? «Au lieu de chercher à appliquer des réformes il suffirait peut être simplement d’appliquer la loi, en obligeant les entreprises à déclarer leurs employés. Et en élargissant la couverture retraite à d’autres cotisants», suggère El Aziz. Pour lui la politique d’emploi du gouvernement est également à revoir. «Dans la fonction publique le nombre de retraités augmente alors que les recrutements stagnent. Il suffirait d’activer les recrutements pour résorber les déficits. Il y a de sérieux manques d’effectifs, notamment dans l’enseignement et la santé publique», fait-il remarquer. Les déficits des caisses de retraites ne seraient donc pas une fatalité, mais le résultat de politiques inappropriées.
A la lumière des derniers évènements, le débat sur le système des retraites promet bien des rebondissements. Ce qui ne ferait que retarder encore plus l’aboutissement d’une réforme globale. Rappelons que le Maroc est en train d’opérer sa révolution démographique dans un temps record. La part des séniors passera à 20% à partir de 2040 contre seulement 8% en 2004. Leur charge économique, elle, sera multipliée par deux en trois décennies. De 13 personnes âgées pour 100 en âge d’activité en 2004, on passerait à 26 pour 100 au milieu de l’an 2034. Si aucune réforme n’est opérée, les régimes de retraite nécessiteront un financement annuel moyen de près de 5% du PIB à l’horizon 2050. Le défi de la commission technique en charge de trouver la réforme idoine est titanesque. Car c’est de sa décision que dépendra l’avenir des séniors de demain.

A. N.
 

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