Accueil Analyse du mois Réforme des retraites: ça coince en France aussi!

Réforme des retraites: ça coince en France aussi!

Tout le monde est d’accord pour la réforme des retraites, mais pas pour les modalités. La France envisage de prolonger au-delà de 2020 la hausse de la durée de cotisation en lien avec l’espérance de vie, tout en relevant à plus court terme l’âge légal de départ. Les controverses fusent…

La réforme des retraites risque bien d’être un dossier très épineux en France cette année.

Effectivement, si aucune réforme n’est menée, le déficit des régimes de retraite atteindrait jusqu’à 100 milliards d’euros par an en 2050. Même si les syndicats, patronat, gouvernement, sont pratiquement tous contre un changement radical du fonctionnement du système de retraites, des questions se posent aujourd’hui avec acuité. Faut-il allonger la durée du travail, augmenter le taux des cotisations ou trouver de nouvelles sources de financement du système?

Des pistes de réforme qui sont loin de trouver écho auprès de l’opinion publique pour qui le relèvement de l’âge légal pour le départ à la retraite constitue un réel problème.
Un débat sans fin qui divise les politiques. Faut-il le repousser comme le propose la majorité présidentielle? Faut-il le maintenir à 60 ans pour les métiers à forte pénibilité comme le pense le Parti socialiste? L’allongement de l’espérance de vie doit-il se traduire forcément par un allongement de la durée de cotisation alors que l’emploi des séniors reste marginal? Au-delà du curseur de l’âge, le système même de cotisation suscite le débat. Entre système de cotisation par répartition et celui par points l’affrontement fait rage. Pour l’heure ,le discours du gouvernement va dans le sens d’une plus longue période de travail pour les salariés et joue sur deux paramètres pour faire passer sa proposition. Le principe d’un allongement de la durée de cotisation en lien avec l’espérance de vie (loi Fillon) pourrait être prolongé au-delà de 2020. Et, à plus court terme, l’âge légal du départ, fixé à 60 ans, serait relevé. L’exécutif fonde son raisonnement sur l’âge de plus en plus tardif auquel les salariés commencent à cotiser.
La durée de cotisation est actuellement relevée d’un trimestre par an, pour atteindre 41 ans en 2012, en vertu de la loi Fillon. Le raisonnement acté en 2003 était le suivant: jusqu’à 2020, la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein augmentera d’un tiers du gain d’espérance de vie à 60 ans. Cela devrait conduire à une durée de cotisation de 41,5 ans en 2020 si les prévisions démographiques se vérifient. Le gouvernement n’envisagerait pas d’accélérer ce rythme. Il devrait en revanche proposer de prolonger la règle «deux tiers-un tiers» au-delà de 2020. «Ce principe est équitable», est-il souligné auprès du gouvernement. L’effet serait important à long terme, car la durée de cotisation pourrait atteindre 43 à 44 ans d’ici à 2050.

Mais cela ne sera d’aucune utilité pour rétablir l’équilibre à court terme, alors que le besoin de financement des régimes dépasse 25 milliards d’euros. François Fillon a admis que la réforme de 2003 n’a pas eu suffisamment d’effet sur les comportements. L’âge effectif du départ dans le privé (61,5 ans) n’a pas bougé. Dans le public, la remontée est plus rapide, mais l’âge moyen reste inférieur à 60 ans.
Autant de raisons qui poussent le gouvernement à relever l’âge légal de départ sans pénalité, fixé à 60 ans depuis 1982. Et cela permettra de réaliser des économies assez rapidement: le Conseil d’orientation des retraites avait chiffré à 6,6 milliards d’euros le gain à l’horizon 2020 d’un passage à 62 ans (effectif en 2016).
Reste à savoir à quel niveau remonter l’âge légal. Pour cela, le gouvernement pourrait raisonner à partir de l’âge moyen auquel les assurés commencent à cotiser pour leur retraite. Celui-ci a sensiblement progressé, en raison de l’allongement de la durée des études et du fort taux de chômage des jeunes. Pour les personnes nées en 1970, cet âge moyen est compris entre 22 ans et 22 ans et demi. Précisément, il s’agit de l’âge moyen auquel cette génération a validé ses quatre premiers trimestres. Si l’on ajoute les 41 années de cotisations nécessaires, cela signifie que ces personnes, âgées aujourd’hui de 40 ans, ne pourraient de toute façon pas bénéficier d’une retraite à taux plein avant 63 ans ou 63 ans et demi avec la réglementation en vigueur.

Relever l’âge légal à ce niveau aurait donc une certaine logique… «Les personnes nées en 1970 auront besoin de 164 trimestres (soit 41 ans) au moins selon la législation actuelle» afin d’obtenir une pension complète, souligne une étude récente. Avec 30 trimestres validés à 30 ans, elles «pourront au mieux partir en moyenne à 63 ans et demi (sans régularisation, ni rachat ou majoration)».
Une autre question épineuse va se poser: relever la «borne» des 60 ans devrait conduire logiquement à relever l’autre âge légal de 65 ans, à partir duquel un salarié peut partir sans décote même s’il n’a pas suffisamment cotisé. Dans le cas contraire, le risque serait de concentrer les départs entre deux bornes devenues trop rapprochées. En outre, le relèvement de la borne de 65 ans générerait plus de gains à long terme que celle de 60 ans. Mais cela signifierait pour les salariés ayant commencé à travailler tard ou ayant eu des carrières incomplètes (notamment les femmes) que la retraite ne serait pas possible avant un âge très élevé. De quoi faire hésiter le gouvernement.
 

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