Accueil Actualités Actualités MRE: Quand les vacances riment avec business

MRE: Quand les vacances riment avec business

L’été, c’est la saison des bonnes affaires et des occasions à saisir, à la fois pour les clients et les MRE qui se transforment en commerçants informels. Mais, gare à l’arnaque et autres trafics!

Crise ou pas, la diaspora marocaine continue de remplir les caisses de l’Etat en devises. Ces transferts qui se sont situés à 50,22 milliards de DH en 2009, selon les dernières statistiques de l’Office des changes ont augmenté de 11,9% durant les quatre premiers mois de 2010,

d’après les déclarations du gouverneur de Bank Al Maghrib. L’attachement de cette communauté au Maroc se traduit également par le fait que plus de 99% ont effectué des transferts au cours des cinq dernières années, selon une enquête publiée récemment par l’Observatoire de la communauté marocaine résidant à l’étranger. Le transfert annuel par immigré s’élève, de son côté, à 86.311 DH. Un montant qui varie selon le pays d’accueil. Les immigrés aux Pays-Bas arrivent en tête avec 133.892 DH, suivis de ceux d’Italie avec 93.490 DH et d’Allemagne avec 88.937 DH. L’enquête précise que ce sont surtout les personnes issues de la première et de la deuxième génération d’immigration (40 à 64 ans) qui envoient le plus d’argent.
Outre les transferts, les MRE profitent de leurs vacances au Maroc pour investir leur épargne dans des projets, dont ils délèguent généralement la gestion à un membre de la famille. En effet, plus de la moitié des MRE réalise un investissement au Maroc (52,7%), même si elle investit également de plus en plus dans les pays d’accueil. Et ce sont surtout les immigrés nés au Maroc qui y investissent le plus (55,9%), ainsi que ceux qui envisagent un retour définitif (66%).
Mais le retour au bercail représente également une belle occasion pour les MRE de se faire un peu d’argent. En effet, nombreux sont ceux qui décident de joindre l’utile à l’agréable durant les vacances, en se transformant en commerçants informels. Leurs fourgonnettes et portes-bagages surchargés inondent le marché local de produits proposés à des prix très abordables.  Une marchandise qui va de l’électroménager aux voitures en passant par les vêtements et les produits électroniques.
Ce commerce saisonnier est classé par l’Observatoire dans le cadre des transferts en nature des MRE. Ceux-ci sont composés essentiellement de biens de consommation courante (86%) tels que les vêtements, chaussures, produits de maison, de décoration, de soin et d’hygiène. Viennent en second lieu les biens de consommation durables (11,8%), surtout les appareils ménagers. Et en troisième lieu, les biens d’équipement: produits électroniques (près de 2,2%).
Mais si d’une manière générale, les MRE ramènent au pays les mêmes catégories de produits, les modalités d’écoulement diffèrent. Certains d’entre eux traitent directement avec des commerçants locaux, qui achètent la cargaison en gros, en vue de la revendre. Ils s’adressent notamment aux commerçants des marchés informels comme Derb Ghalef ou celui de Laqriâa. Pour cette catégorie, il s’agit surtout de produits neufs, de qualité. Téléphones portables, ordinateurs, consoles de jeux électroniques ou vêtements de grandes marques, les commerçants locaux s’approvisionnent en marchandises à un coût assez bas. D’autres MRE préfèrent écouler leur marchandise au détail, en l’étalant dans la rue, ou dans certains marchés informels. Dans ce cas, l’immigré a recours aux services des membres de sa famille qui l’aident dans son commerce. Ce genre d’activités est très perceptible dans les villes à concentration d’immigrés. C’est le cas de Casablanca où certains quartiers se transforment en été en marchés informels à ciel ouvert. Sur les principaux boulevards de Hay Mohammadi par exemple, des fourgonnettes immatriculées en Espagne ou en Italie étalent leurs marchandises à même le sol, et les clients se bousculent autour pour arracher les meilleures pièces.

Ce genre de commerce est également présent dans d’autres quartiers comme Derb Soltane, ou Bourgogne, où certains MRE optent pour la location de magasins où ils présentent leurs marchandises. Toutes sortes de produits y sont proposés, à la fois neufs et d’occasion. Ce commerce saisonnier permet à cette catégorie de marocains d’avoir un revenu supplémentaire, surtout en ces temps de crise. Et de plus en plus de MRE s’approvisionnent, à la fin de leur congé, en produits nationaux, surtout d’artisanat, qu’ils revendent dans les pays d’accueil. Une logique commerciale de plus en plus développée chez la diaspora marocaine. Certains, encouragés par le succès de leur commerce, n’attendent plus la saison des vacances, et font des allers-retours réguliers.

M. A. M

Driss El Yazami.

Président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME)

«Il faut faire l’effort de connaître et comprendre les traditions des pays de résidence»

Comment se sent la nouvelle génération, n’étant ni marocaine à 100%, ni européenne à 100% ?
Driss El Yazami: Même s’il faut toujours se garder des approches trop globales, on pourrait dire que les nouvelles générations nées et socialisées dans les pays de résidence dépendent fortement des histoires familiales, de leur réussite socioprofessionnelle ou encore du débat public sur l’immigration dans tel ou tel pays, etc. Toutefois, l’intégration n’est pas totalement effectuée. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment, d’une part, agir pour aider ces générations à mieux réussir leur parcours scolaire et affronter les discriminations, souvent invisibles au niveau professionnel? D’autre part, comment amplifier l’offre culturelle marocaine en leur direction? Il y a dans ce domaine de très fortes attentes.

Quel est le nouveau profil des MRE?

L’émigration marocaine connaît une féminisation croissante, une mondialisation continue en termes de pays d’installation, le rajeunissement d’un côté et le vieillissement de l’autre, l’extension du phénomène migratoire à toutes les couches sociales et à toutes les régions du pays et enfin la progression du niveau socioculturel des migrants marocains. Ainsi, on parle beaucoup de l’émigration illégale des Marocains, mais on évoque beaucoup moins la migration légale des cadres hautement qualifiés qui participent à ce que l’on appelle la circulation internationale des élites professionnelles. Ce phénomène, encore mal mesuré, touche probablement quelques milliers de Marocains par an.

Quelles sont leurs attentes?
On peut faire l’hypothèse que ces attentes se situent au moins à deux niveaux. A l’égard des gouvernements des pays de résidence, et aussi en termes d’égalité de traitement, surtout que ces Marocains même font partie intégrante de la population. A l’égard du Maroc, il est clair qu’il y a des attentes considérables dans le domaine religieux et culturel. Pour les parents, l’enjeu est celui de la transmission à leurs enfants du patrimoine culturel et de l’éducation qu’ils ont reçus en héritage. Et pour les jeunes, la question est bien celle de la gestion de cette double appartenance, question lancinante qu’ils se posent et que les sociétés des pays de résidence leur posent. Le sondage réalisé l’été dernier par notre Conseil auprès d’un échantillon significatif de Marocains d’Europe avait montré qu’il y a en outre de fortes attentes en direction de l’administration marocaine, de la justice, etc.

Ressentent-ils toujours le besoin de rentrer à leur pays d’origine?
Ce même sondage avait montré un pourcentage important de Marocains, y compris à la deuxième génération, qui disent ne pas exclure de rentrer une fois la retraite venue et l’observation empirique montre qu’il y a un nombre de plus en plus important, même s’il reste minime par rapport à l’ensemble de la population émigrée, de personnes qui tentent l’expérience du retour. Ceci étant, il est probable que la majorité de la population est appelée à s’enraciner dans les pays d’immigration. Ce qui est un phénomène général qui touche toutes les populations émigrées.

Quels problèmes rencontrent- ils lors de l’exercice de leur religion dans les pays laïcs?
Le défi est justement de pouvoir pratiquer sa religion dans des pays laïcs, même si les traditions nationales en la matière varient d’un pays d’immigration à l’autre, dans un climat d’islamophobie croissante et où l’islam suscite de fortes interrogations. En théorie, les lois de tous ces pays garantissent le libre exercice des cultes, mais on peut noter ici et là des discriminations dans la pratique comme l’a encore rappelé un rapport récent de l’Agence européenne des droits fondamentaux. Les musulmans doivent aussi faire l’apprentissage de la vie dans des sociétés profondément sécularisées et  pluralistes. Ce qui exige une meilleure connaissance des traditions historiques des pays où ils résident, des cadres associatifs compétents, de meilleures capacités d’organisation et des aptitudes accrues pour répondre à des questionnements théologiques inédits.

Existe-t-il toujours autant de discrimination envers les MRE?
Plus graves que le racisme, il y a en effet les discriminations qui ont souvent un caractère pernicieux, invisible, et qui restent difficiles à combattre malgré les dispositifs publics mis en place par pratiquement tous les pays d’immigration, Comme la « Equality and Human Rights Commission » au Royaume-Uni, le Centre pour l’égalité des chances en Belgique ou la HALDE en France. La crise actuelle et l’instrumentalisation politicienne de la question de l’immigration accroissent les risques et la déstabilisation des communautés immigrées. Mais il y a deux facteurs d’espoir: la prise de conscience des communautés qui revendiquent leurs droits et l’existence dans ces sociétés de forces démocratiques qui refusent ces discriminations et la xénophobie.
Propos recueillis
par S. B.
 

Recherche des articles

  • Rechercher
  • En kiosque

     

    Sondage

    Comment jugez-vous le graphisme et le contenu?
     

    Ceux qui sont en ligne

    Nous avons 6 invités en ligne