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Que vaut le baccalauréat?

Quel niveau de connaissances et de compétences garantit le baccalauréat? Personne n’est actuellement capable de répondre à cette question au Maroc. Mais une chose est sûre, en quelques décennies, ce diplôme a beaucoup perdu de sa valeur.

Eh oui, le Maroc est parmi les rares pays au monde à ne pas disposer d’un système d’évaluation des apprentissages. Ahmed Akhchichine l’avait bien souligné lors de l’une de ses sorties médiatiques. Avoir son baccalauréat ne garantit aujourd’hui aucun niveau précis de compétences, de connaissances ou de savoir-être. Pour évaluer la valeur de ce diplôme tant convoité par les jeunes, on s’évertue souvent à comparer les bacheliers d’aujourd’hui et ceux des années 60 et 70. Et pour beaucoup, le résultat est évident, le niveau a considérablement baissé. «Le Parlement doit légiférer sur la question, car la société doit trouver un consensus sur le nombre de compétences garanties par le bac», estime Hassan Allaihiya, enseignant des sciences de l’éducation au Centre pédagogique régional de Rabat, et auteur d’une multitude d’ouvrages et d’essais.

Même l’image de ce diplôme aux yeux de la société n’est plus aussi reluisante qu’il y a quelques années. Au lendemain de l’indépendance, par exemple, avoir son bac était presque un exploit. Il permettait à son détenteur d’accéder à un rang social supérieur. D’une part, parce que l’accès à l’enseignement était très limité. Et d’autre part, parce que les opportunités d’emploi offertes étaient importantes. Le Maroc avait besoin de cadres, et il en importait même de partout (Irak, Syrie, Europe de l’Est, France, etc.). «Vers la fin des années 70, c’était la crise du bac. On ne savait plus quoi faire des bacheliers. Les facultés, elles, étaient surpeuplées, notamment dans les filières comme le droit, l’économie et les sciences islamiques», rappelle Allaihiya. «Le bac marocain a beaucoup perdu de sa valeur. Il n’est pas reconnu par de nombreux pays», souligne-t-il. Cependant, même s’il a perdu de sa valeur historique, le baccalauréat demeure aux yeux des jeunes, et de leurs parents, le sésame qui ouvre la voie aux grandes écoles et à l’enseignement supérieur. Le nombre de bacheliers est en continuelle progression. De 71.936 bacheliers en 1998, il est passé à 104.111 en 2009. Les jeunes s’orientent de plus en plus en plus vers les branches scientifiques et techniques afin de maximiser leurs chances d’intégrer des formations qualifiantes pour des métiers prisés sur le marché de l’emploi (ingénieurs, techniciens supérieurs, etc.). Seulement, voilà, tous les dysfonctionnements du système de l’enseignement au Maroc font que les taux de réussite se stabilisent à des niveaux décevants. (Moins de 45%, contre plus de 80% en France, par exemple). Par ailleurs, la conception des enseignements reste classique, peu qualifiante pour les spécialités professionnelles, et parfois incompatibles avec les filières offertes à l’université. Ceux qui, par exemple, ont étudié les arts plastiques au lycée et souhaitent devenir enseignants doivent d’abord obtenir un DEUG. Or il n’y a aucune formation universitaire dans le domaine. Et ceux qui étudient les sciences expérimentales au lycée se retrouvent avec des enseignements théoriques à l’université. «La relation entre le baccalauréat et l’université est presque inexistante. De nombreuses réformes ont été lancées dans l’enseignement supérieur, mais n’ont pas été répercutées au niveau du bac. Il n’y a pas de vision globale des réformes», insiste Allaihiya. «Nous devons mettre en place des cycles d’apprentissage avec une certaine interdisciplinarité, afin de former des profils polyvalents», suggère-t-il. L’arabisation des enseignements et le manque d’ouverture sur les langues étrangères fout également partie des travers du secondaire qualifiant. Car que ce soit dans le public ou le privé, l’enseignement supérieur se poursuit en langue française. Actuellement la formation offerte est loin de correspondre aux exigences du marché du travail. Ce qui ne fait que dévaloriser de plus en plus le baccalauréat aux yeux de la société.

A. N.
 

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